5 avril 2015

Preuve historique de la résurrection du Christ.

Christ est vraiment ressuscité! 

La résurrection du Christ est un événement réel qui a eu des manifestations historiquement constatées. (CEC#639) Elle peut donc être prouvée comme n'importe quel fait historique à partir de témoignages crédibles. Cette homélie du 19e siècle, qui n'a pas pris une ride sur le fond, résume les raisonnements prouvant ce fait historique qui fonde la certitude de la foi chrétienne. Que ceux qui doutent honnêtement lisent attentivement!

***

Trompés ou trompeurs?

« Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine, votre foi est sans fondement, et nous ne sommes que de faux témoins. » Suivons la route que nous ont tracée nos pères et nos maîtres dans la foi. Oublions pour un moment, Jésus-Christ nous le pardonnera, tous les autres prodiges, quelque éclatants, quelque démonstratifs qu’ils soient, pour ne nous occuper que du plus éclatant et du plus démonstratif de tous; et confirmons la foi chancelante de notre siècle, par la démonstration du fait qui l’a établie dans son origine. Considérons, et ceux qui ont attesté la résurrection de Jésus-Christ, et ceux qui l’ont contestée. Examinons de quelle autorité est le témoignage des uns, de quel poids est la réclamation des autres. Notre foi sera solidement appuyée, quand elle aura le double fondement, et de ce qu’ont fait ceux-là pour l’établir, et de ce qu’ont dit ceux-ci pour la combattre.

Les témoins de la résurrection ont été les apôtres et les disciples, qui ont annoncé hautement qu’ils avaient vu Jésus-Christ sorti vivant de son tombeau. Leur témoignage ne peut être infirmé que de deux manières: ou en prétendant qu’ils ont été trompés, ou en soutenant qu’ils ont été trompeurs. Il ne peut me rester aucun doute sur un fait, quand je suis assuré que ceux qui le rapportent n’ont pas pu être induits en erreur, et n’ont pas voulu m’y induire; qu’ils l’ont bien su, et qu’ils racontent exactement ce qu’ils ont su. Que les incrédules choisissent entre ces deux hypothèses celle qu’ils croiront leur être la plus favorable. Qu’ils déclarent s’ils veulent regarder les témoins de la résurrection comme des hommes abusés, ou comme des imposteurs. Mais il est nécessaire qu’ils choisissent. Il leur est impossible de soutenir à la fois les deux assertions. La bonne ou la mauvaise foi des témoins sont deux choses essentiellement opposées: s’ils ont été trompés, ils n’ont pas voulu tromper les autres; si leur intention a été de tromper, ils n’étaient donc pas trompés eux-mêmes. Ils ont nécessairement, ou cru sincèrement ce qu’ils rapportaient, ou connu pleinement leur mensonge.

L’incrédule veut-il s’arrêter à la première de ces assertions, et dire que les témoins ont raconté sincèrement ce qu’ils croyaient, mais qu’ils ont été dans l’erreur? Qu’il articule quelle est cette erreur où ils ont été induits. Elle ne peut avoir été que de deux sortes: les témoins croyant voir Jésus-Christ ressuscité, ou n’auraient rien vu du tout, ou auraient vu quelque chose qui lui ressemblait. De ces deux suppositions, il est difficile de décider quelle est la plus déraisonnable.

Pour sentir l’absurdité de l’une ou de l’autre, observons que dès qu’on suppose les apôtres sincères, mais trompés, on doit ajouter foi à leur récit, sur les choses sur lesquelles ils n’ont pas pu être abusés. On doit croire ce qu’ils disent d’eux-mêmes, de leurs dispositions, des diverses circonstances dans lesquelles ils se sont trouvés. On n’ira pas sans doute jusqu’à prétendre qu’ils se sont aussi trompés sur ce qu’ils ont pensé, sur ce qu’ils ont dit, sur ce qu’ils ont fait, sur les lieux où ils ont été. Pour leur imputer une succession aussi continue de bévues aussi graves, il faudrait soutenir qu’ils avaient l’esprit absolument aliéné. S’ils eussent été de ces insensés que la police renferme, quelqu’un s’en serait aperçu; leurs ennemis si nombreux, si acharnés, le leur auraient reproché. S’ils eussent été des insensés, comment auraient-ils pu convertir tant de personnes? S’ils eussent été des insensés, on en verrait des traces dans leurs discours et dans leurs écrits; on ne verrait pas sortir d’eux la morale la plus parfaite. S’ils eussent été des insensés, leur conduite eût-elle pu être aussi suivie, aussi soutenue, sans se démentir un seul moment? S’ils eussent été des insensés, l’eussent-ils été de la même manière, sur le même objet? Qu’on aille dans un hôpital de fous, et que l’on en trouve deux qui aient le même genre de déraison. Le silence de leurs adversaires, leurs succès, leurs discours, leurs actions, leur concert, tout détruit victorieusement l’imputation de démence qu’on essaierait de leur faire. Dès qu’il est d’une part prouvé qu’ils jouissent de leurs sens, et de l’autre supposé qu’ils étaient de bonne foi dans leurs récits, on ne peut pas s’empêcher de leur ajouter foi sur les choses où ils n’ont pas pu se tromper. La question se réduit à savoir si la résurrection de Jésus-Christ est de ce genre, ou si sur ce fait ils ont pu être induits en erreur. Quelques principes incontestables l’auront bientôt décidée.

Il est possible qu’un homme se fasse illusion, qu’il croie voir ce qu’en effet il ne voit pas, ou qu’il prenne un objet pour un autre. Mais qu’un grand nombre d’hommes se trompent tous ensemble, tous de la même manière, et que dans cette multitude il ne s’en trouve pas un qui, avec des yeux meilleurs ou un jugement plus sain, découvre l’erreur et la fasse apercevoir aux autres: cela n’est pas imaginable.

Il est possible que l’on se méprenne sur une personne que l’on voit une seule fois, en passant, de loin, surtout si on la connaissait peu, et si on l’a vue rarement. Mais la méprise répugne au sens commun, si c’est une personne dont on a une parfaite connaissance; si on la voit à plusieurs reprises, de très près, face à face, et si on vit continuellement avec elle.

Il est possible qu’un seul sens soit trompé, et qu’on croie voir ce qu’en effet on ne voit pas. Mais que tous les sens s’égarent en même temps et de la même manière, sans que l’un redresse l’erreur des autres; que tout à la fois on croie voir, entendre, toucher, ce qu’en effet on ne voit, on ne touche, ni on n’entend; le prétendre est une absurdité dangereuse, qui détruirait parmi les hommes la certitude physique, fondée principalement sur le rapport conforme de plusieurs sens.

Ces principes, dont nous ne croyons pas qu’aucun incrédule essaie d’ébranler la certitude, d’obscurcir l’évidence, étant établis, appliquons-les au récit des évangélistes, dont en ce moment nos adversaires reconnaissent la sincérité.

Ils rapportent que Jésus-Christ, qu’ils connaissaient pleinement, ayant passé trois ans à sa suite, sans le quitter, dans sa familiarité, a apparu, non pas à un disciple, mais à un grand nombre, tantôt aux uns, tantôt aux autres, à Madeleine, à d’autres femmes, à Pierre, à deux disciples, à tous les apôtres, à plus de cinq cents personnes réunies. Ils citent les lieux différents où se sont passées ces apparitions, dans un jardin, sur le chemin d’Émmaüs, dans le cénacle, sur le bord du lac de Génésareth, sur une montagne de Galilée. Ils disent que pendant quarante jours consécutifs il s’est montré vivant à ses apôtres, et qu’ils les a entretenus du Royaume de Dieu. Ils rapportent les discours qu’il leur a tenus en diverses occasions, la mission qu’il leur a donnée, les pouvoirs qu’il leur a conférés. Ils racontent qu’ils l’ont vu manger, et qu’ils ont mangé avec lui, qu’il s’est fait toucher par eux, et leur a fait sentir sa chair et ses os; qu’il leur a fait voir les plaies de son côté, de ses mains, de ses pieds: et leur y a fait mettre les doigts, et qu’ils l’ont vu remonter dans le ciel. Un concours aussi varié, aussi suivi de circonstances, peut-il laisser lieu à l’illusion? Un esprit raisonnable peut-il imaginer que tant d’hommes se trompent en même temps, se trompent de la même manière, sur une multitude de faits qui sont autant à leur portée? Qu’ils s’imaginent tous, et à tant de reprises, voir ce qui n’est pas sous leurs yeux, entendre ce qui ne frappe pas leurs oreilles, toucher ce qui est loin de leurs mains?

On prétend que les apôtres, ignorants et préoccupés de la future résurrection de leur Maître, ont dû être faciles à abuser.

Ils étaient ignorants, à la bonne heure; mais étaient-ils aveugles? Étaient-ils sourds? Sur un fait simple et palpable, un ignorant est un témoin aussi sûr qu’un philosophe. L’incrédule veut-il que l’on ferme les tribunaux qui jugent tous les jours, et qui ne peuvent juger la plupart des faits que sur la déposition d’hommes grossiers et sans lumières?

Ils étaient persuadés que leur Maître devait ressusciter! Dira-t-on aussi qu’ils étaient préoccupés de toutes les circonstances, de la continuité de parole et d’actions qu’ils rapportent; entichés de l’idée que Jésus-Christ apparaîtrait à ceux-ci dans un lieu, à ceux-là dans un autre, et que dans ces diverses apparitions il leur tiendrait tels et tels discours? Mais d’ailleurs toute la conduite des disciples prouvent la fausseté de l’assertion. Ils n’étaient prévenus de la future résurrection de Jésus-Christ, ni Joseph, Nicodème et les saintes femmes qui embaumaient son corps; ni Madeleine, qui le voyant, ne le reconnaît pas d’abord; ni les disciples d’Émmaüs, qui avaient espéré, disent-ils, avoir en lui le libérateur d’Israël; ni les apôtres, qui refusaient de croire les premiers témoins du fait; ni saint Thomas, qui, avant de se rendre à la conviction, voulait voir et toucher ses plaies. La lenteur avec laquelle les témoins de ce grand prodige l’ont cru, la circonspection qu’ils ont apportée à l’examiner, les preuves qu’ils en ont exigées, montrent évidemment que, loin d’être persuadés de la future résurrection de leur Maître, ils n’en avaient pas même la pensée. Ce qu’on nous donne comme une preuve qu’ils ont pu être aisément abusés, démontre de plus en plus l’impossibilité qu’ils le fussent.

Les disciples de Jésus-Christ n’ont pas pu être trompés sur le fait de sa résurrection; ont-ils été trompeurs? Ils ont su parfaitement ce qu’il en était; ont-ils dit ce qu’ils savaient être faux? Trois propositions vont résoudre cette seconde question: ils n’ont pas voulu en imposer; l’eussent-ils voulu, ils ne l’auraient pas osé; l’eussent-ils osé, ils ne l’auraient pas pu.

En premier lieu, et le caractère moral des hommes apostoliques, et la manière dont ils ont rendu leur témoignage, repoussent loin d’eux la supposition de mauvaise foi. Nous sommes accoutumés à les révérer comme des saints; mais transportons-nous dans l’hypothèse contraire. Que seraient des hommes déterminés à mentir, et au monde, et à leur propre conscience; à mentir pour abolir toutes les religions professées sur la terre; à mentir pour faire adorer comme un Dieu, un homme qu’ils auraient su être un imposteur; à mentir au nom de Dieu, et à joindre l’hypocrisie à la fausseté? De tels hommes seraient certainement de grands et de profonds scélérats. Mais que voit-on dans les apôtres, qui autorise une telle inculpation? Ils apportent au monde la morale la plus sainte que le monde eût jamais entendue. Il n’y a pas une vertu qu’ils ne prêchent, pas un vice qu’ils ne combattent. Ils prescrivent les vertus les plus austères, imposent les devoirs les plus pénibles, exigent les sacrifices les plus onéreux. Est-ce là le système religieux qu’auraient imaginé des hommes sans conscience? Voulant faire adopter au monde une doctrine de leur invention, ne lui en auraient-ils pas présenté une qui lui fût agréable? Le ton même de leurs écrits annonce leur vertu. Ils disent les choses les plus merveilleuses, avec une simplicité qui ne se trouve dans aucun autre auteur. Ils suppriment toutes réflexions, lors même qu’elles pourraient paraître le plus utiles pour établir la vérité des faits, pour en faire sentir l’importance, pour en faire ressortir ce qu’ils ont d’admirable, pour en faire apercevoir les conséquences. Dans tous les pays qu’ils ont parcourus, ils ont trouvé des ennemis violents, qui n’ont cessé de les persécuter, et qui ont fini par les égorger. Qu’on nous en cite un seul qui les ait attaqués du côté des moeurs et de la probité. L’attestation la plus forte en leur faveur, est le silence universel de tant d’hommes intéressés à les accuser. Au milieu des plus cruelles persécutions, ils ne se permettent, ni une plainte, ni une parole de ressentiment. On les traite de fourbes, et ils sont sincères, même à leur désavantage. Ils racontent avec une ingénuité qui ne se trouve nulle part ailleurs, leurs propres défauts et leurs fautes, leur grossièreté et leur peu d’intelligence, leur ambition et leurs divisions, leur lâcheté dans la Passion après leur présomption et leurs bravades, le reniement honteux de l’un d’entre eux. À chaque pas on voit éclater dans eux les vertus qu’ils commandent. On les voit pratiquer, sans jamais s’en écarter, la sublime morale qu’ils prêchent.

Ainsi se montrent dans toute leur conduite personnelle, ces hommes que l’on accuse de s’être joués de la crédulité publique. La marche qu’ils tiennent dans leur prédication, montre également qu’il n’ont pas eu cette criminelle intention. Le premier soin d’un imposteur, est de faire perdre la trace de la fraude. Les faits qu’il invente, il les place soit à une époque éloignée, afin de n’être pas démenti par les contemporains; soit dans une région lointaine, pour que les témoins ne le contredisent pas. Il les sème dans l’obscurité, afin qu’ils aient commencé à germer et acquis de la consistance, avant de se produire au grand jour. Et parce que c’est la route ordinaire des faussaires, les apôtres suivront la route diamétralement opposée. Tout ce que des imposteurs auraient évité, ils le recherchent; tout ce que des imposteurs auraient recherché, ils l’évitent. Ils choisissent toutes les circonstances les plus propres à faire découvrir une fourberie. Circonstance du lieu: c’est dans la ville même où Jésus-Christ a vécu et a été crucifié, à la face de ceux qui l’ont vu, de ceux qui ont demandé, ordonné, exécuté son supplice, qu’ils annoncent ses miracles. Circonstance du temps: c’est cinquante jours après l’événement qu’ils le publient, lorsque tout le monde parlait encore de la vie et de la mort de Jésus-Christ, lorsque tout le monde avait en main de quoi les contredire, s’ils eussent menti. Circonstance de la publicité: c’est lorsqu’une fête solennelle attire à Jérusalem une nombreuse affluence, qu’ils ouvrent leur prédication. Il semble qu’ils aient attendu le moment où il y aurait le plus de monde à portée de les contredire.

En second lieu, en supposant, contre toute raison, que les hommes apostoliques eussent eu la volonté de tromper le genre humain, ils n’en auraient pas eu le courage. Prêcher Jésus-Christ ressuscité, c’était déclarer à toute la nation juive, à ses chefs, au gouverneur romain, qu’ils avaient fait périr leur Dieu; c’était les accuser solennellement du crime le plus énorme que l’imagination puisse concevoir; c’était se livrer hardiment à toute leur rage, dont les disciples venaient de voir dans la personne de leur Maître un si terrible exemple. Ils le savaient parfaitement; car ils rapportaient que Jésus-Christ leur avait prédit plusieurs fois les vexations, les persécutions, les tortures que leur ferait éprouver leur témoignage. Et quels sont les hommes à qui on suppose une audace aussi extraordinaire, disons, avec plus de vérité, aussi extravagante? Ce sont de pauvres pêcheurs, faibles, pusillanimes, qui ont lâchement abandonné leur Maître dans le danger, qui, lorsqu’ils l’ont vu mort, tremblant pour eux-mêmes, se tenaient renfermés, et n’osaient se présenter aux regards des Juifs. Qu’est-ce donc qui les a fait passer de cette si grande terreur, dans cette excessive témérité? Quand leur Maître vivait, quand à sa suite ils se berçaient des plus flatteuses espérances, ils étaient lâches et timides. Quand ils le voient mort, quand ils ne peuvent plus rien en espérer, ils deviennent tout à coup d’une intrépidité sans exemple. C’est au moment où ils reconnaissaient qu’il n’était qu’un imposteur, que leur zèle pour lui prend une vigueur qu’il n’avait pas encore eue. Pour s’exposer à un grand danger, pour se dévouer à de grands maux, il faut un grand intérêt. Tous les intérêts de cette vie s’opposaient au projet criminel dont on accuse les témoins de la résurrection. Ils ne pouvaient être mus que par l’intérêt de la vie future, et celui-là n’inspire pas le mensonge.

En troisième lieu, supposons que tout ce que nous venons de prouver n’est pas véritable; que les disciples de Jésus-Christ aient eu, et la volonté, et l’audace d’en imposer sur le fait de la résurrection. Dans ce cas-là ils n’en auraient pas eu la possibilité. Pour tromper conjointement, il faut s’être concerté; et un accord entre les témoins de la résurrection, est une absurdité révoltante: c’est une absurdité, soit dans sa formation, soit dans son exécution. Il est impossible, et que les disciples aient tenté cet accord, et qu’ils l’aient réalisé.

Considérons le nombre de personnes qui auraient pris part à cette imposture. Saint Paul rapporte que Jésus-Christ ressuscité, est apparu à plus de cinq cents d’entre les frères. Son témoignage, tout apôtre qu’il est, est ici du plus grand poids. Lorsqu’il affirmait ce fait, un grand nombre de ces témoins vivaient encore. Aurait-il osé produire une assertion qu’il eût été si facile de démentir? Quand il l’a avancée au milieu de tant d’ennemis intéressés à la combattre, s’en est-il trouvé quelqu’un qui l’ait contredite? Par cela seul qu’il ne la nient pas, tous les anciens adversaires du christianisme la confirment. Il faut donc imaginer que plus de cinq cents hommes se soient réunis, et aient formé entre eux tout le détestable et périlleux complot de donner au monde une fausse religion; qu’ils aient été tous assez sûrs les uns des autres pour ne pas craindre de se confier une aussi criminelle pensée; que, dans cette nombreuse multitude, il ne se soit pas trouvé un seul homme révolté par l’horreur d’un si grand crime, arrêté par la terreur des suites; pas un à qui il soit entré dans l’esprit que s’ils avaient tous la connaissance que Jésus-Christ n’était pas ressuscité, d’autres pouvaient l’avoir, révéler leur secret et les confondre; pas un qui ait considéré que leurs ennemis, dont ils allaient encore aigrir la rage par leur accusation, avaient en main pour découvrir la fourberie, toute l’autorité pour la punir; pas un qui, par tous ces motifs si puissants, se soit opposé à la conspiration, ou s’en soit retiré. Il faut encore considérer que dans ce secret seraient entrées plusieurs femmes; qu’elles en seraient même les premiers mobiles, puisque ce sont elles qui ont rapporté les premières apparitions. Il faut leur supposer la même scélératesse, la même intrépidité qu’aux hommes.

Le complot formé, il faut le soutenir. Il faut que de tous ceux qui y sont entrés, aucun n’ait un moment de repentir. Il faut qu’aucun ne soit effrayé des dangers qu’il court, rebuté des maux qu’il éprouve, tenté par l’espoir des récompenses que lui ferait espérer la révélation. Il faut qu’ils aient si parfaitement concerté, non seulement le fait principal, mais les plus minutieuses circonstances, qu’ils ne se coupent jamais eux-mêmes; que jamais ils ne se contredisent entre eux. Il faut qu’ils aient prévu si exactement toutes les interrogations si variées, qu’on ne manquera pas de leur faire, que dans les diverses régions où ils se répandent, ils répondent tous constamment de la même manière. Il faut que l’intérêt qui les unit ne change jamais; qu’il ne survienne entre eux ni dissensions, ni jalousies, ni disputes, dont les hommes les plus honnêtes ne sont pas exempts, qui sont si ordinaires entre les scélérats, et qui doivent nécessairement les diviser, soit qu’ils restent tels, soit qu’ils se corrigent. Que de toutes ces choses si communes une seule manque, leur secret passe entre les mains de leurs ennemis, et les voilà livrés au mépris et aux supplices qu’ils méritent.

Ce n’est pas tout: et voilà ce qui rend plus impossible encore l’exécution de ce crime commun. Combien de criminels à qui la vue, et surtout l’épreuve des tortures, fait avouer leurs forfaits. Ceux qui résistent aux tourments, c’est qu’ils espèrent à force de constance, conserver leur vie. Ici c’est tout le contraire. Livrés aux plus cruels supplices, les disciples savent que persister dans leur témoignage, est les aggraver encore et s’assurer la mort; ils savent que se rétracter est se délivrer de tous les maux, se conserver la vie, se procurer des récompenses et des honneurs: et parmi eux tous, il ne s’en trouve pas un seul qui avoue le complot criminel. Quel inconcevable mélange de fausseté pour former le projet, de bonne foi pour le suivre! Comment regarder les mêmes hommes tout à la fois comme des monstres de scélératesse, et des héros de fidélité? Comment cette fidélité à toute épreuve, qui serait à peine imaginable dans une société d’honnêtes gens, peut-on la supposer uniformément dans une troupe aussi nombreuse d’imposteurs?

À toutes ces preuves de l’impossibilité du crime, dont on accuse les hommes apostoliques, nous en ajouterons une autre très forte; et ce sont leurs ennemis eux-mêmes qui nous la fournissent. Ce qu’ils objectent pour réfuter la réalité de la résurrection, achève de la confirmer. Les Juifs ont prétendu que pendant la nuit, et tandis que les gardes dormaient, les disciples de Jésus-Christ sont venus dérober dans le tombeau le corps de leur Maître. Saint Mathieu, qui rapporte cette allégation, ajoute qu’elle était répandue de son temps parmi le peuple. Son récit, quand il serait isolé, mériterait encore croyance. C’était six ou huit ans après l’événement, qu’il écrivait son évangile. Aurait-il osé imputer à ses ennemis une assertion qu’ils n’auraient pas faite? Quelqu’un d’eux ne l’aurait-il pas démenti? Les chefs de la nation ne l’auraient-ils pas puni de leur imputer à tort cette ridicule défaite? Il n’a point été contredit par ceux qui y avaient intérêt; ainsi il a dit la vérité. Et non seulement il n’a pas été contredit, mais son rapport est confirmé par ses adversaires eux-mêmes. Les ennemis du christianisme de son temps ont transmis à ceux qui les ont suivis, cette accusation intentée aux apôtres, de l’enlèvement du corps pendant le sommeil des gardes. Elle a passé de bouche en bouche aux incrédules des siècles suivants. Celse, Porphyre, Julien n’ont pas eu autre chose à opposer au témoignage des apôtres. Plusieurs déistes de nos jours réchauffent encore la même inculpation, d’après leurs devanciers.

De ce que dans le temps de la résurrection et dans les temps qui l’ont suivie, ceux qui ont voulu la contester, n’y ont opposé que l’histoire de l’enlèvement, résultent deux conséquences importantes:

1. Il est maintenant impossible d’en objecter une autre, et les déistes sont obligés de soutenir la vérité de celle-là. Si quelqu’un d’eux imaginaient aujourd’hui de présenter une nouvelle histoire, nous lui dirions avec fondement: D’où la savez-vous? comment après un si long temps pouvez-vous alléguer ce dont aucun de vos prédécesseurs n’a parlé? Si ce que vous dites était vrai, les premiers ennemis de la religion l’auraient-ils ignoré? S’ils l’avaient su, l’auraient-ils tu?

2. Le récit des apôtres, réuni à celui des gardes, prouve une vérité: c’est que le corps de Jésus-Christ, placé dans le tombeau le vendredi après-midi, et qui y était encore lorsqu’on plaça les gardes, et qu’on scella le tombeau, n’y était plus le dimanche au matin. Le rapport des évangélistes et celui de leurs adversaires, s’accordant sur ce point, le rendent incontestable. Chrétiens et Juifs, tout le monde en est convaincu dans le temps. Qui pourrait le révoquer en doute aujourd’hui? Le point où l’on diffère, est que les apôtres assurent que Jésus-Christ est sorti du tombeau en ressuscitant, et que les gardes racontent qu’il en a été tiré pendant leur sommeil. C’est donc entre ces deux relations que roule toute la discussion. La question consiste à savoir laquelle des deux est véritable. Ces deux assertions, parce que les deux partis s’y sont fermement arrêtés, et n’en ont pas produit d’autres, sont devenues comme deux propositions contradictoires, dont il faut reconnaître l’une vraie, dès que l’autre est démontrée fausse. Ainsi, en prouvant que l’enlèvement raconté par les Juifs est une fable absurde, nous aurons ajouté un nouveau motif de certitude à la résurrection rapportée par les évangélistes.

Il fallait une audace inconcevable pour venir au milieu des soldats, enlever le corps qu’ils étaient chargés de garder. Il fallait, pour former ce projet, être sûr de les trouver tous endormis. Et comment pouvait-on l’imaginer? Qu’un seul des gardes ne dormît pas, le crime était découvert; et sur-le-champ les coupables arrêtés et envoyés au supplice. Ce sont des hommes aussi timides que l’étaient les apôtres, que l’on suppose capables de s’exposer à un danger aussi grand et aussi certain. Voici une dispute d’un genre étrange. Les apôtres conviennent de leur lâcheté; et on s’opiniâtre à leur attribuer une témérité qui va jusqu’à l’extravagance.

En admettant que les apôtres étaient sûrs de trouver les gardes endormis, il faut soutenir aussi qu’ils étaient certains de ne pas les réveiller; qu’ils comptaient arriver, rompre les sceaux, rouler l’énorme pierre qui fermait le tombeau, enlever le corps, et s’en aller; le tout si doucement, si légèrement, que de tous les gardes répandus autour du tombeau, aucun ne fût retiré de son sommeil. Il faut prétendre que cette idée absurde a été réalisée, et qu’en effet les gardes dormaient tous si profondément, qu’aucun d’eux n’a été réveillé par le bruit nécessairement très grand qu’a dû faire cette opération.

Supposons encore que les apôtres aient été assez scélérats pour désirer cet enlèvement, assez insensés pour en former le projet, assez téméraires pour l’exécuter; il faut leur donner un intérêt proportionné au danger dans lequel il se jettent. Quel bien pouvaient-ils espérer de ce corps mort? Celui qui n’avait pu se sauver lui-même, de quel secours pouvait-il leur être? Du côté du ciel, ils n’avaient à attendre que des anathèmes et une condamnation terrible; du côté de la terre, que des contradictions, des affronts, des persécutions, des supplices.

Les apôtres, que l’on suppose assez habiles pour exécuter avec une dextérité incroyable, un coup aussi difficile, combien en même temps on les montre maladroits! On veut qu’après avoir tiré le corps du tombeau, au lieu de s’éloigner sur-le-champ, comme ils devaient en être très pressés, et d’emporter le corps enveloppé des ses linges, ils se soient amusés à déployer des linges, et aient perdu à cette opération, un temps qui devait leur être bien précieux.

C’étaient les Juifs, et cette considération est importante, qui avaient choisi les gardes du tombeau. Ils les avaient placés, prévoyant qu’on pourrait venir enlever le corps de Jésus, pour annoncer ensuite sa résurrection. On peut juger s’ils avaient eu soin de prendre les plus incorruptibles, les plus vigilants, les plus attachés à leur parti, les plus propres en un mot à empêcher la fraude qu’ils craignaient. On peut juger s’ils avaient donné les ordres les plus positifs, la consigne la plus sévère. La mission de ces soldats était très courte; il ne devait garder le tombeau que jusqu’au troisième jour. C’était surtout la nuit qu’ils devaient être sur leurs gardes, puisque c’était le temps où l’enlèvement était le plus facile, le seul temps où il fût possible. Et ces hommes, que tant d’intérêts engageaient à être fidèles, c’est dès la première ou tout au plus dès la seconde nuit qu’ils se sont endormis, qu’ils se sont endormis tous, qu’ils se sont endormis si profondément que rien n’a pu les réveiller.

C’est, suivant les gardes, pendant leur sommeil que les apôtres sont venus dérober le corps de leur Maître. S’ils dormaient, comment l’ont-ils su? Comment peuvent-ils articuler un fait arrivé pendant leur sommeil? Comment se permettent-ils d’en nommer les auteurs qu’ils n’ont pas vus? Tels sont les seuls témoins que puissent produire les incrédules anciens et modernes: des hommes qui conviennent qu’ils étaient endormis.

Les soldats conviennent qu’ils étaient endormis, et leur fonction était de veiller; ils conviennent qu’ils ont laissé enlever le corps de Jésus-Christ, et leur consigne était de le garder; ils sont donc de leur propre aveu très coupables. On sait combien sont sévères les peines contre les militaires qui manquent à leur consigne. Pourquoi donc ceux-là ne sont-ils pas punis? Comment se fait-il que le Sanhédrin ne leur inflige pas la plus légère correction, ne leur adresse pas la moindre réprimande? Nous voyons, très peu de temps après, Hérode envoyer au supplice des soldats à qui il avait confié la garde de saint Pierre, parce que cet apôtre s’était échappé miraculeusement de leurs mains. L’enlèvement du corps de Jésus-Christ était d’une bien autre conséquence, les circonstances du délit de ses gardes, bien plus graves, l’intérêt des princes des prêtres à les punir, bien plus grand: et cependant ils n’osent rien leur faire.

Et les apôtres qui ont commis ce grand crime, on ne les recherche point, on ne les cite point, on ne les juges point, on ne les punit point. On s’était donné tant de précautions pour prévenir leur forfait, et quand ils l’ont commis on ne leur dit rien. Mais voici qui est plus fort encore. Quelques semaines après, lorsque les apôtres annoncent hautement la résurrection de leur Maître, lorsque le succès de leur prédication commence à effrayer le Sanhédrin, lorsque de nombreuses conversions rangent déjà de leur côté une multitude de personnes, le grand conseil des chefs de la nation les mande enfin. Et sur quoi va-t-il les interroger? Est-ce sur le crime dont il les a accusés dans le public, d’avoir enlevé le corps de leur Maître? Non: il ne sera plus question de ce prétendu attentat. On leur reproche d’annoncer la résurrection de Jésus, on leur défend de parler et d’enseigner désormais en son nom, on ne leur dit pas un seul mot de ce qui aurait été bien plus criminel. Pourquoi ce silence sur l’enlèvement du corps, quand il aurait été si utile au Sanhédrin de le relever; quand, en convainquant les apôtres de ce fait si grave, on faisait tomber leur prédication, et on anéantissait de ce seul coup leur parti? Il ne peut y avoir une seule raison qui ait empêché l’information sur ce fait essentiel. Le sanhédrin ne l’a pas faite, parce qu’il n’a pas osé la faire; parce qu’il savait avec certitude, qu’au lieu d’inculper les apôtres, elle tournerait contre lui-même. Que nos adversaires nous indiquent un autre motif qui ait pu engager les chefs de la synagogue, à ne pas intenter un procès aux apôtres, sur un crime aussi capital, et qu’il était si important de ne pas laisser impuni.

Revenons maintenant sur nos pas, et résumons-nous. Les témoins de la résurrection n’étaient ni des visionnaires et des insensés; ni des fourbes et des scélérats. Ce n’était pas sur des ouï dire qu’ils parlaient: ce qu’ils prêchaient, ils l’avaient vu, entendu, touché plusieurs fois. Ils étaient en grand nombre; et jamais ils ne se sont contredits, ni sur le fait ni sur les circonstances. Ils publient la résurrection dans le même temps et sur le même lieu où elle vient de s’opérer; au milieu d’une multitude nombreuse, à la face de tous ceux qui y avaient intérêt, et qui auraient pu avoir les moyens de les contredire. Il est impossible d’imaginer que tant d’hommes se soient concertés pour un mensonge, surtout pour un mensonge auquel ils n’avaient pas d’intérêt; plus impossible encore qu’ils l’aient soutenu constamment et uniformément; qu’ils l’aient soutenu au milieu des contradictions, des persécutions, des tortures, sachant qu’en l’avouant ils se délivreraient de tous leurs maux, et se procureraient de grands biens. Le crime dont on les accuse pour détruire leur relation, n’a d’autres témoins que des hommes qui conviennent qu’ils étaient endormis. Jamais les apôtres n’auraient osé le tenter; et quand ils en auraient eu l’absurde témérité, ils n’auraient pas pu l’effectuer. Leurs ennemis, qui étaient en même temps leurs juges, n’ont jamais osé punir, ni eux de l’avoir commis, ni les soldats de l’avoir laissé commettre. Quel fait, dans l’histoire des siècles, réunit autant de motifs d’évidence? Y en a-t-il un seul, même des plus indubitables, dont on puisse comparer la certitude à celle de la résurrection?

Terminons, et confirmons les preuves de la résurrection du divin Sauveur, par l’examen de la principale difficulté qu’élèvent contre ce fait essentiel, les incrédules, qu’ils répètent sans cesse avec une confiance entière, et avec laquelle ils prétendent anéantir nos démonstrations. Pourquoi, disent-ils, Jésus-Christ ressuscité ne s’est-il manifesté qu’à ses disciples? Pourquoi ne s’est-il pas offert aux regards de la multitude qui l’avait vu expirer? S’il avait donné à sa résurrection la même publicité qu’à sa mort, il aurait été impossible de douter de l’une plus que de l’autre. Le but de ces apparitions est de montrer qu’il a été rendu à la vie. Il le manque en se faisant voir à si peu de personnes, tandis qu’il pouvait aisément l’atteindre en se montrant à toute la Judée. La multitude des témoins aurait imposé silence aux contradicteurs. Les princes des prêtres, confondus par l’éclat de ce miracle, auraient été forcés de reconnaître avec tous les autres l’Envoyé céleste. Mais pour opérer leur conviction, celle des Juifs et de tout le genre humain, il aurait fallu une résurrection bien publique; une résurrection secrète ne suffisait pas.

Une résurrection secrète! Peut-on appeler ainsi celle qui a été vue par plus de cinq cents personnes? La résurrection de Jésus-Christ a eu le degré de publicité que donnent à un fait cinq cents témoins oculaires. La difficulté des déistes se réduit à demander pourquoi elle n’en a pas eu davantage.

On dit que la résurrection du Sauveur, rendue aussi publique que l’avait été sa mort, aurait imposé silence aux contradicteurs. De quels contradicteurs parle-t-on? Est-ce de ceux d’alors, des chefs de la synagogue? Mais ils avaient été témoins de tous les miracles que pendant trois ans Jésus-Christ n’avait cessé d’opérer avec plus grande solennité. Les morts ressuscités, les malades guéris par lui étaient au milieu d’eux; et cependant ils refusaient de croire en lui. Ils ne pouvaient pas nier la vérité des faits; ils en contestaient la conséquence. La notoriété de ces miracles était si publique, que les apôtres rappelaient ceux à qui ils la prêchaient, à la connaissance qu’eux-mêmes en avaient. Elle était si incontestable, que les ennemis du christianisme, dans les premiers siècles, n’osaient pas la révoquer en doute. Et on nous dit que la résurrection, vue par eux, aurait opéré leur conviction. Ce n’eût été qu’un miracle de plus ajouté à une multitude d’autres. Fait-on voir un homme qui ferme volontairement les yeux, en augmentant autour de lui la lumière?

Sont-ce les contradicteurs actuels, c’est-à-dire, eux-mêmes, que les incrédules disent qui seraient forcés de se taire, si la résurrection de Jésus-Christ eût été aussi publique que sa mort? Mais peut-on croire cette assertion sérieuse, quand on les voit se refuser à toute preuve de tout miracle? On les entend, les uns prétendre que le miracle en lui-même est impossible; les autres se moquer de tout témoignage humain, et rejeter la certitude morale; les autres soutenir que cette certitude fondée sur le témoignage des hommes, suffisante dans l’ordre ordinaire, ne l’est pas pour persuader les faits miraculeux. Qu’ils s’accordent donc avec eux-mêmes. Qu’ils ne disent plus d’une part, que les miracles ne peuvent être prouvés par des témoins; et de l’autre qu’ils croiraient le miracle de la résurrection, s’il avait eu un plus grand nombre de témoins. 

Abandonnons-les à leurs inconséquences, et examinons leur raisonnement en lui-même. Demandons-leur seulement de ne pas raisonner sur la religion, comme ils auraient honte de raisonner sur tout autre objet. Quand une vérité leur est démontrée, s’avisent-ils de la rejeter sous prétexte qu’elle n’a pas tel genre ou tel degré de preuves? Quelle est cette logique de prétendre qu’un fait n’est pas suffisamment démontré parce qu’une preuve qu’on imagine lui manque? Qu’importe que la résurrection ne soit pas démontrée de telle manière, pourvu qu’elle le soit démonstrativement? Plus publique, dit-on, elle serait mieux prouvée. Mais elle ne serait pas pour cela plus certaine, puisque les preuves qui en existent donnent une certitude pleine et entière. Prétendra-t-on que Dieu soit tenu de donner à ses miracles les preuves les plus palpables qui puissent exister? Que l’on nous donne des raisons de cette étrange assertion. Il serait le maître de nous donner la persuasion de sa religion, sans aucun moyen extérieur, sans aucun raisonnement, et par une simple inspiration; il en a incontestablement la puissance. S’ensuit-il qu’il en ait l’obligation? Libre de se servir ou de ne pas se servir des motifs de crédibilité, il l’est également, il l’est également de leur donner le degré de force qu’il lui plaît. Ne suffit-il pas qu’ils soient tels qu’un esprit raisonnable doive y ajouter foi? De tous les faits que croient les déistes, il n’y en a pas qui soit plus complètement démontré que la résurrection de Jésus-Christ. Que leur faut-il de plus pour en être persuadés.

Qu’ils cessent donc de nous dire: Pourquoi Jésus-Christ n’a-t-il pas donné une solennité plus grande à sa résurrection? 

À cette indiscrète question nous répondrons d’abord: Il ne l’a pas voulu. Prétend-on l’astreindre à rendre compte de toutes ses raisons? Nous ne sommes pas en droit de nier un fait, parce que nous en ignorons le motif; nous le pouvons bien moins encore, quand il est l’œuvre de celui dont les pensées sont incompréhensibles et les voies impénétrables. Nous répondrons ensuite que ce n’est pas ici un mystère. Et que les incrédules eux-mêmes nous indiquent le motif qui a engagé Jésus-Christ à ne pas donner à sa résurrection la publicité qu’avait eue sa mort. Tout le monde, disent-ils, aurait été forcé de la croire: et c’est là précisément ce que Dieu ne voulait pas. Il a voulu que nous fussions obligés de croire sa résurrection; il n’a pas voulu que nous y fussions contraints. Il nous a fait de la croyance un devoir; et pour que nous le remplissions, il l’a fondé sur des preuves non seulement suffisantes, mais surabondantes. Il ne nous en a pas fait une nécessité, et en conséquence il ne l’a pas munie de preuves tellement subjuguantes, que nous fussions forcés d’y céder. Son intention a été que nous crussions volontairement, et que notre foi fût tout à la fois motivée et méritoire. Sans motifs, nous n’aurions pas cru sur des motifs qui forceraient notre assentiment, nous n’aurions pas cru librement. Il connaît, dans sa sagesse infinie, le degré de lumière nécessaire pour imposer l’obligation de croire, le degré convenable pour qu’il reste à la foi un mérite. Les preuves qu’il donne à ses vérités religieuses, il les proportionne d’une part à notre intelligence, de l’autre au mérite qu’il veut que nous acquérions. Et c’est encore dans lui une infinie miséricorde de nous faire de la foi une vertu méritoire, en la rendant si facile par les preuves évidentes dont il l’environne. 

- Guillaume de la Luzerne (1738-1821) -
(Explication des Évangiles dans œuvres, édition Périsse Frères, 1842, tome 9, p. 394-416.)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire