17 décembre 2014

La mendicité religieuse aujourd'hui !

La richesse de la dépendance.

Est-il possible... est-il convenable que des religieux pratiquent la mendicité aujourd'hui ? Cette entrevue étonnante avec les Clarisses de Tinqueux montre l'actualité de cette pauvreté évangélique. Loin d'être une pratique révolue du Moyen-Âge, la mendicité au sens strict demeure depuis le Concile Vatican II une des manière les plus forte et concrète de témoigner de la Providence de Dieu qui n'abandonne jamais celui qui s'abandonne entre les mains de son Père des cieux ! 

Entretien de l’abbé Boulay avec la supérieure des Clarisses de Tinqueux.

- Combien êtes-vous de religieuses, ma sœur ?
- Nous sommes vingt-cinq, dont vingt-et-une à l'intérieur.
- Et quatre dehors ?
- Non, pas dehors. Elles entrent chaque jour à l’intérieur. Mais elles sont là pour la liaison avec l’extérieur, avec les personnes qui se présentent.
- En somme, elles sont à l’accueil.
- C’est tout à fait cela.
- À l’accueil… et à la quête ! (sourire de la mère abbesse). Parlez-moi donc de la quête, s’il vous plaît.
- La quête pour nous, est quelque chose de très important pour plusieurs raisons. Tout d’abord, cela nous fait connaître. Nos religieuses parcourent tout le diocèse. Elles rencontrent beaucoup de gens. Elles reçoivent souvent des confidences qu’on ne ferait pas à d’autres. Et ce contact avec l’extérieur nous rappelle que, si nous sommes consacrées à Dieu, nous le sommes aussi à tous nos frères. Nos sœurs quêteuses sont souvent attendues comme les envoyées du bon Dieu. Dans les campagnes surtout où, bien souvent, les gens ne voient jamais d’autres religieuses qu’elles. En nous donnant leur offrande, les gens ont conscience de faire un acte de foi. Ils nous donnent parce que nous prions et pour que nous priions. D’autre part, la quête est pour nous un moyen de pauvreté.
- Ce n’est pas sûr que ce signe soit bien perçu aujourd’hui, ma sœur. La pauvreté contemporaine n’est-elle pas de gagner son pain par le travail ?
- Peut-être !... Par la quête, nous voulons manifester (aux autres et à nous-mêmes) que nous sommes liées à la Providence. Ce que nous avons mangé à midi, c’est ce que les gens nous ont donné.
- Vous ne voulez pas dire que vous n’achetez rien pour votre nourriture ?
- Si, c’est ce que je dis. Les produits eux-mêmes de notre jardin, nous préférons les utiliser pour nos hôtes qui sont nombreux. Nous achetons pour nos hôtes. Mais nous, nous ne consommons que ce qu’on nous donne.
- Alors la légende de la cloche des clarisses n’est pas une légende ? On dit que lorsque les clarisses n’ont plus rien à manger, elles sonnent pour alerter les populations. Est-ce vrai ?
- C’est vrai. Mais je dois dire qu’ici à Reims, nous n’en somme jamais arrivées là. C’est arrivé Rabat. Mais sûrement que si nous n’avions plus rien, nous le ferions aussi. Nous voulons tenir notre nourriture de la Providence. La quête n’est pas faite pour avoir de l’argent et vivre sans rien faire. C’est un lien avec le monde et une dépendance vis-à-vis de Dieu. Si un jour j’avais trop d’argent, j’aimerais mieux le donner et continuer à faire la quête.
- Puisque vous ne mangez que ce qu’on vous donne, pourquoi même avoir de l’argent ?
- L’argent de la Communauté sert à payer les impôts, entretenir la maison, soigner les malades. Mais nous ne faisons pas de réserve, sauf pour les grosses factures prévues. Pour le reste, à la fin de chaque mois, s’il reste de l’argent en caisse, je la vide et je donne cet argent.

- Revue Reims-Ardennes du 10 janvier 1969 -

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