5 octobre 2014

Offrir les souffrances de la vie familiale.

Qu’est-ce que l’Église nous demande en ce temps de crise pour la famille ?

Que faire quand un couple est séparé ? Comment leur proposer la vie chrétienne ? Comment demeurer fidèle à l’idéal catholique de la famille dans notre société ? Questions brûlantes que les pères du synode à Rome se poseront dans les prochaines semaines.

Afin d’enrichir votre réflexion, je vous propose celle d’un professeur qui tel un prophète, prêchait à temps et à contre temps pour que la charité et la vérité l’emportent toujours. À la fin d’un cours qui sur papier fait plus de 190 pages, le chanoine Daniel-Joseph Lallement, ancien professeur de l’Institut Catholique de Paris, en arrive à écrire ces réflexions. Dans le contexte actuel de crise pour la famille que pouvons-nous faire ? Qu’est-ce que l’Église nous demande de faire ? Quelle est la juste réponse du chrétien devant une telle crise qui semble nous dépasser totalement ? Bien des choses auraient pu être dites, mais le professeur préfère aller à l’essentiel. Ce que nous pouvons et devons faire, ce que le Bon Dieu et son Église attendent de nous, ce n’est rien de moins qu’être des saints, d’être des héros de la charité ! Voici pour votre réflexion la conclusion du chanoine qui, vous le remarquerez facilement, est absolument à contre-courant de certains discours actuels qui cherchent à diminuer les exigences de la vie chrétienne.

- Simon Lessard -

Une question se pose maintenant. En conservant cela [c'est-à-dire toutes les exigences morales du mariage et de la famille], l’Église catholique a certes conscience d’affirmer des valeurs de salut pour l’éternité, mais pratiquement, qu’est-ce qu’elle espère comme résultat ? Est-ce qu’elle espère vraiment, dans les conditions actuelles, dont nous disions tout à l’heure qu’elles rendaient la morale monogamique au-dessus des forces humaines, faire pratiquer à un grand nombre cette morale-là. Il faut répondre que si l’Église catholique ne disposait que de moyens de l’ordre naturel ce serait une utopie pour elle d’espérer aboutir à un résultat. Prenons les termes au sens strict que nous avons dit tout à l’heure : la morale monogamique est au-dessus des forces naturelles [dans le contexte social actuel extrêmement défavorable à la famille]; si l’Église catholique ne disposait que des forces naturelles de la volonté humaine, de la raison, il y aurait là utopie ; il ne faudrait chercher le salut que peut-être du côté de réformes économiques et politiques, mais on verrait cette porte-là fermée, parce que des réformes économiques et politiques supposent une réforme spirituelle et morale qui ne pourrait pas être obtenue dans les conditions présentes. Nous serions par conséquent au brouet. Les conditions économiques et politiques sociales actuelles empêchent la morale monogamique naturelle ; si nous ne disposons que des forces naturelles, il est impossible de sortir de là ; l’humanité doit rouler de plus en plus sur cette pente-là, parce que, pour changer les conditions économiques et sociales, il faudrait déjà la réforme spirituelle et morale, qui supposerait comme condition la réforme familiale.

C’est, par parenthèse, une des stupidités du « politique d’abord » ou de l’« économique d’abord dans ce domaine-là. « Spirituel d’abord », et le spirituel d’abord n’est possible que par « surnaturel d’abord », parce que le spirituel naturel est trop strictement dépendant de toutes les conditions qu’il s’agirait précisément de sanare, de guérir. Mais heureusement l'Église catholique n’est pas naturaliste ; elle est même dans le monde l’antithèse du naturalisme ; elle est le supernaturalisme, surnaturel vivant.

Qu’est-ce que l’Église demande alors à ses enfants pour régénérer l’état présent du monde, à ce moment en particulier ?

a.– Elle attend des exemples nombreux de virginité et compte sur ses vierges, sur ses vierges qui donneront un exemple éclatant de vie spirituelle, de mépris du monde, de pureté. Dans la mesure où la virginité catholique s’affirme, se développe manifestement dans le monde, elle crée un courant d’appel vers la vie spirituelle.

b.– L’Église attend de ses enfants vivant dans le mariage de la sainteté héroïque. Elle attend qu’en se fondant sur une vie d’union au Christ extrêmement intime et constante, qu’en se fondant sur la grâce des sacrements, spécialement sur la grâce de l’Eucharistie, dans les conditions humainement impossibles où ils se trouvent, ils donnent l’exemple de la parfaite pratique de la morale évangélique et ils méritent par leurs souffrances des grâces pour les autres hommes. Il y a là deux choses : exemple et mérite.

C’est ainsi que l’Église demande, en ce moment-ci à ses enfants, non seulement engagés dans la virginité, mais à l’ensemble de ses enfants, des exemples éclatants de mortification, d’ascèse, une affirmation des voies rédemptrices ; elle leur demande de se rendre parfaitement compte des conditions nécessaires pour garder la vertu en premier lieu ; des conditions de pureté, par exemple, des conditions de pudeur. L’Église considère comme absolument chimérique de vouloir tenir cet idéal de pureté familiale au milieu du monde en étant du monde au sens que cela prend actuellement, en vivant comme les autres. Spectacles, pudeur, etc., tout cela doit être strictement révisé par les enfants de l’Église et il faut qu’ils prennent parfaitement conscience qu’il leur sera impossible, absolument impossible de maintenir le drapeau qu'on leur demande de maintenir s’ils ne révisent pas soigneusement tous ces moyens-là.

Cela, c’est de la sainteté héroïque constante, cultivée. Si nous ne demandons pas cela à nos œuvres de jeunesse, par exemple, eh bien ! Messieurs, laissez-moi vous le dire, il vaut mille fois mieux que nous nous croisions les bras. Si nous leur demandons une certaine valeur morale, si nous espérons qu’ils arriveront à se maintenir dans un certain milieu et dans un certain équilibre au milieu du monde moderne, nous sommes fous, purement et simplement. Il faut leur proposer cela et franchement leur demander cela. La nature humaine du reste exige qu'on lui demande beaucoup. On peut se demander si actuellement le succès du communisme n’est pas dû en grande partie à ce qu’il demande énormément, d’une autre manière bien sûr. Il faut que nous demandions énormément. Nous pouvons demander infiniment plus, parce que nous avons nos moyens surnaturels pour que l’humanité rende infiniment plus.

L’Église sait parfaitement qu’il y aura un bon nombre de ses fils qui, engagés dans les liens du mariage dans les conditions actuelles, auront à mener une vie héroïque, en particulier par ce fait que l’on est deux dans le mariage et, comme il arrivera fort souvent que l’un tenant à cet idéal-là, l’autre n’y tiendra pas, le résultat c’est que celui qui voudra y tenir se trouvera voué peut-être pour toute sa vie, en tout cas pour une longue période, à la chasteté alors qu’il n’était pas parti avec la vocation virginale et qu’il est au beau milieu du monde. Voilà une des premières choses qu’il faudrait dire à nos jeunes gens et à nos jeunes filles.

Maintenant, s’ils ne se marient pas entre chrétiens, il y a des chances nombreuses pour qu’ils soient « plaqués », passez-moi l’expression, par leur conjoint et que par conséquent, après quelques mois de mariage ce soit la vie virginale pour un temps x, au moins, si ce n’est pas pour toujours, alors qu’ils n’étaient pas partis dans ce sens-là.

L’Église compte qu’elle aura des enfants acceptant cela, qu’elle aura des enfants offrant cette souffrance-là pour le monde, qu’elle aura des fils et des filles offrant les autres souffrances de la vie familiale, les souffrances de santé, par exemple, les épreuves et les deuils, pour la purification du monde, des enfants qui comprendront à fond le mot de saint Paul : « Ce sacrement est grand, je le dis en pensant au Christ et à l’Église. » Nous savons comment le Christ a aimé son Église : en se livrant à la mort.

- Chanoine Daniel-Joseph Lallement -
Cours sur la famille, Institut Catholique de Paris.

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