29 mai 2013

Communier à la vie de Dieu !

Communion eucharistique et communion trinitaire I/II

Nous nous sommes promis de nous entretenir des rapports – ou mieux de l’unité – qu’il faut reconnaître entre la communion à la Très Sainte Eucharistie et la communion à la Très Sainte Trinité. 

Plutôt que deux sortes de communion divine, il y a là deux aspects de l’unique communion que Dieu, en sa bonté et sa sagesse, a librement, gratuitement voulu nous donner avec Lui dès cette terre. 

Dans notre union à Dieu, la communion à la vie éternelle des trois Personnes divines est le but, le terme. La communion au Corps et au Sang immolés et glorieux du Fils incarné, c’est le moyen. Mais ce moyen est tellement conjoint à la fin visée que la communion à la Trinité et la communion à l’Eucharistie ne peuvent pas être l’une sans l’autre. 

Aussi, bien que la communion eucharistique, sous sa forme sacramentelle, soit repas de la route, « viatique », quelque chose de la communion au Corps et au Sang du Christ demeurera dans le ciel, lequel est vraiment « festin des noces de l’Agneau ». Apoc 19, 9. 

Et dès cette terre, nous ne pouvons accueillir, recevoir convenablement le Pain de la vie éternelle et le Breuvage spirituel que sont le Corps et le Sang du Christ sacrifié que si les Personnes de la Très Sainte Trinité, déjà vivantes en notre âme, reçoivent pour nous et avec nous l’Hostie sainte, la Victime de notre rédemption. 

C’est sans doute là un point sur lequel il convient de méditer tout spécialement : nous ne recevons convenablement le Corps et le Sang du Christ dans l’Eucharistie que si les Personnes de la Trinité accueillent actuellement en nous, pour nous, la sainte Humanité sacrifiée. 

Saint François d’Assise, l’un des saints dont l’enseignement sur l’Eucharistie, sur la vie eucharistique, est le plus fort, disait, dès sa première Admonition à ses frères : « L’Esprit du Seigneur habite en ceux qui croient en Lui ; c’est donc lui qui [dans les croyants] reçoit le Corps et le Sang très saints du Seigneur. Tous les autres, ceux qui n’ont point de part à cet Esprit, s’ils ont l’audace de recevoir le Seigneur, mangent et boivent leur propre condamnation. » Saint François d’Assise, Documents, Paris, Éditions franciscaines, 1968, p. 38. 

Méditons ces paroles qui sont d’une divine profondeur. Par comparaison avec cet enseignement de saint François d’Assise, nous devrons constater combien la doctrine ordinaire de notre temps, même celle qui se croit fermement fidèle, est inférieure ; à quelle intensité donc de vie divine nous devons remonter. 

N’estimons-nous pas que nous sommes respectueux de la sainte Eucharistie quand nous professons qu’elle doit être reçue avec foi en la présence substantielle du Christ, et l’âme étant déjà dans l’état de grâce ? Ce sont bien là en effet des conditions requises, et un bon catéchisme nous a formulé excellemment que l’Eucharistie est un « sacrement des vivants ». Mais comment avons-nous compris cela ? 

N’avons-nous pas souvent pensé seulement que la foi en la présence réelle et l’état de grâce étaient des conditions du respect que nous, êtres humains, devions au Seigneur dans son Eucharistie ? Nous reconnaissons de cette manière qu’il faut croire à sa présence et ne pas le faire entrer dans un être livré au péché. Cela suffit-il ? En rester là implique que le Seigneur vient à nous pour nous aider à mener une vie humaine et que nous devons alors L’accueillir avec notre reconnaissance et notre respect d’hommes. 

Mais en vérité le Fils de Dieu s’unit notre humanité pour nous élever au partage de sa vie divine. En réalité donc, même si nous affirmons sa présence et voulons le recevoir avec respect, nous ne croyons pas comme il faut en ce qu’Il est, et nous ne l’accueillons pas selon son intention si nous restons au niveau d’une vie morale. Lui, Personne divine, vient pour nous mettre en société avec les Personnes de la Trinité. 

N’oublions-nous pas que, dans l’Évangile, les enseignements qui nous sont donnés sur la grâce ne s’arrêtent pas à la disposition créée dans l’âme, mais vont directement jusqu’à l’habitation dans l’âme des Personnes divines elles-mêmes ? 

Ainsi, lorsque Jésus nous dit : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire », Il ne parle pas seulement d’un secours qu’il nous faut recevoir de Lui, mais d’une présence en nous de sa Personne divine qui nous unit à Elle, et d’une présence stable, non momentanée comme est la présence de son humanité que nous donne l’Eucharistie. Il dit en effet : « Demeurez en moi et moi en vous. » Jn 15, 4‑5. 

Dans le passage de l’Évangile de saint Jean auquel nous entendions, il y a un instant, saint François d’Assise faire allusion, quand nous sont rapportés ces mots de Jésus « celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein », l’évangéliste précise que le Seigneur « disait cela de l’Esprit que recevraient ceux qui croient en Lui ». Jn 7, 38‑39. De l’Esprit Saint, Jésus dit aussi à ses disciples : « Il demeure chez vous et Il sera en vous. » Jn 14, 17. 

Et comme le Fils et le Père sont inséparables de leur commun Esprit, Jésus ajoute : « Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous… Vous connaîtrez que je suis dans mon Père, et vous en moi et moi en vous… Celui qui m’aime sera aimé de mon Père et je l’aimerai et je me manifesterai moi-même à lui. » Il précise encore : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père aussi l’aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure chez lui. » Jn 14, 18, 20‑21, 23. 

Une bonne théologie de la grâce nous explique pourquoi les textes évangéliques qui nous en parlent attirent ainsi notre attention sur l’habitation en nous des Personnes divines elles-mêmes. 

Qu’on regarde dans la grâce son aspect de purification du péché ou son aspect de sanctification, on ne pénètre ce qu’elle est qu’en comprenant qu’elle nous met en communion avec les Personnes divines. 

Le mal du péché, en effet, c’est surtout de nous priver de l’intime familiarité avec Dieu. Ce mal n’est écarté, nous n’en sommes délivrés, purifiés, que par notre rentrée dans l’intimité divine. 

Et la grâce n’est positivement sanctifiante qu’en nous élevant à communier à la vie même des Personnes divines. 

Si cela n’est pas compris, ou pas assez considéré, le péché et la vie chrétienne ne sont regardés qu’au niveau de l’ordre moral humain ; alors qu’en vérité la morale chrétienne est seulement effet et condition de la vie surnaturelle avec la Très Sainte et Bienheureuse Trinité. 

Il importe d’en avertir fréquemment aujourd’hui : ramener la conduite chrétienne à n’être qu’une vie morale humaine, c’est cela qui a affaibli le christianisme et qui continue à l’affaiblir jusqu’à le détruire. 

La vie de la grâce est bien plus qu’une vie morale, c’est le partage de la vie divine !

- Daniel-Joseph Lallement -

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire