17 avril 2013

Le monde est leur cloître !

Mission itinérante... la suite !

Le lendemain, après un petit déjeuner partager ensemble, une fois la porte refermée et les franciscains partis, le couple s’étonne encore. « Je pense qu’on leur a dit oui pour la nuit parce qu’on n’était pas pris par le travail le lendemain. Mais ça fait du bien, ce ne sont pas des donneurs de leçon et ils ont beaucoup d’humour. À quoi ça sert ? Je ne sais pas, mais les belles rencontres laissent toujours quelque chose, reconnaît Karim. J’espère aussi leur avoir apporté quelque chose. » 

Et dehors, sur la route, la « marche de prière » - terme utilisé parfois pour l’itinérance – prend tout son sens pour les deux franciscains. En silence, comme chaque matin, ils vont chercher un lieu pour prier les laudes avant un temps d’oraison. Aujourd’hui, sur un fond sonore de taille-haies et de piaillements oiseaux, c’est sur un banc que les religieux ouvrent leur bréviaire pour la liturgie des heures, au croisement – bien nommé – de l’allée de la Haie-des-oiseaux et de la rue de l’Église ! Dans leur prière, les rencontres, les blessures dites et non dites des personnes croisées, les désirs et les projets des uns et des autres, mais aussi les portes fermées et les refus de la veille. Et sous le soleil étincelant, comme saint François d’Assise priant dans ce « monde qui est notre cloître », leur louange à la nature accompagne le chant des oiseaux et le bruissement de chaeue brin d’herbe dans le vent du printemps. 

Les deux compères d’itinérance, Frère Boris et Frère Jacques, 47 ans et 46 ans, appartiennent à la petite communauté franciscaine de la Chapelle-des-Buis, près de Besançon, où ils vivent avec deux autres frères. Cela fait dix ans qu’ils partagent, régulièrement, cette expérience peu ordinaire. « C’est notre couleur franciscaine, notre manière de vivre l’Évangile aussi. Au début, se souvient Frère Jacques, on nous a un peu pris pour des farfelus dans notre propre famille religieuse en voulant redonner vie à cette tradition très ancienne. Mais je recherche l’esprit de pauvreté en partant ainsi sur les routes à la rencontre des gens, je reviens à la source franciscaine. Cela nous grandit de découvrir le Christ de cette manière-là. » C’est donc de la chapelle-des-Buis, que trois à quatre fois par an Frère Jacques part en auto-stop, souvent avec Frère Boris – moins disponible car il est prêtre en mission pastorale auprès des jeunes – pour rejoindre d’autres lieux de missions itinérantes. 

Mais pour l’heure, en pleine Brie, dans le village des Ormes-sur-Voulzie, il est midi et il s’agit de manger. Les deux franciscains recommencent donc leur quête, de maison en maison. 12 h 30 : c’est un bon pique-nique qui s’annonce. Du pain, de l’eau, du pâté, des fruits… Mais voilà que les frères mendiants tombent sur Régine en train de nettoyer ses roses sur le pas de la porte. Qu’elle leur ouvre tout grand. Arrive André, son compagnon, apiculteur et cuisinier dans une maison de personne âgées. « C’est quoi ce truc ? » Une demi-heure pus tard, profondément touché et ému » parce que lui-même « en pleine recherche spirituelle », André repart à son travail « dépité de vous quitter ». Et sur la table, à déjeuner, c’est finalement un festin que Régine propose. Elle fera même le taxi jusqu’à la gare la plus proche pour la journaliste et la photographe… Quant à Frère Jacques et Frère Boris, ils gardent la maison. Au retour de Régine, c’est eux qui lui ouvriront la porte !


- Anne Ricou, Panorama, jullet-août 2012, #489. -

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