22 février 2013

La terrible miséricorde de Dieu !

Réflexion sur la miséricorde.

Dieu est miséricorde, avant même d’être juste. Car la justice, c’est que chaque être ait ce qui lui est du. Mais pour qu’il puisse y avoir justice, il faut que quelque chose existe. Or, avant que Dieu ne crée l’univers, rien n’existait. Mais est-ce par justice que Dieu a crée? Ce qui n’existe pas aurait-il des droits? Certes non. C’est par miséricorde que Dieu a fait le ciel et la terre, c’est l’amour qui a ouvert ses mains créatrices. 

La miséricorde, c’est avoir la misère de l’autre dans son cœur. Dieu est bouleversé lorsqu’il nous regarde, comme une mère est bouleversée en voyant son enfant en danger ou souffrant. La miséricorde, c’est souffrir des souffrances d’un autre. À chaque fois que je me fais mal, Dieu souffre avec moi, à chaque fois que je pèche, Dieu a mal. Car qu’est ce que pécher sinon se faire souffrir l’âme, se rendre triste jusqu’au fond du cœur? Et si Dieu souffre du péché, c’est bien moins à cause de la justice qu’à cause de la miséricorde. L’offense Lui est presque indifférente tant sa compassion est plus forte et douloureuse. N’est-ce pas ce qu’il a voulu nous montrer sur la croix? Ne l’entendez-vous pas vous dire : « voyez, mes petits enfants, comme je souffre de vos fautes. Voyez ce que vous faites à votre âme en péchant. Ne la crucifiez-vous pas, votre âme, à chaque fois que vous vous éloignez de moi? Votre cœur n’en est-il pas cloué au bois de la tristesse par les clous de la solitude? Vous avez trahi votre seul ami, votre seul amour, comment votre cœur n’en gémirait-il pas de douleur? » 

Souvent, nous avons peur de la justice. Et nous avons raison d’avoir peur car « tous ont péché, tous sont privés de la gloire de Dieu ». Mais ce que nous ne voyons pas, c’est que la miséricorde est bien plus effrayante, plus terrible encore. Ô abime du mystère, Dieu, bienheureux et immobile, souffre atrocement de nous voir souffrir. Si l’on pouvait entendre le cri de douleur de Dieu – ou plutôt nous l’entendons en regardant la croix – nous ne voudrions plus vivre. Voilà à quoi sert notre existence : apprendre à notre cœur à supporter la miséricorde de Dieu. Et c’est aussi cela l’enfer : préférer la solitude éternelle au poids infini de la miséricorde. Contemplons avec effroi la terrible miséricorde de Dieu : il lui a moins coûté de sacrifier son Fils unique que de continuer à nous regarder souffrir. Et pourtant, quel amour Dieu ne doit-il pas porter à son propre Fils. Cela ne se dit pas, tellement c’est grand.

- Fr. Julian Dugas, O.P. -

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire